Les prolongateurs — ou aerobars — sont probablement l’un des meilleurs upgrades qu’un triathlète peut ajouter à son vélo. Pour relativement peu cher, ils peuvent permettre d’aller plus vite… ou de rouler à la même vitesse avec moins d’effort.
Mais contrairement à ce que plusieurs pensent, simplement installer des prolongateurs ne vous transforme pas instantanément en machine aérodynamique.
Avant même de parler de watts, de vitesse ou de gains de temps, il y a quelque chose de beaucoup plus important : être confortable et en contrôle sur son vélo.
Avant tout : être à l'aise sur son vélo
Les prolongateurs changent beaucoup la façon de piloter.
Quand vous roulez en position aéro :
- vos mains sont plus loin des freins
- la direction devient plus sensible
- votre stabilité diminue un peu
- votre position est beaucoup plus fermée
Si vous êtes encore peu à l’aise en vélo, nerveux dans les descentes ou inconfortable en groupe, ajouter des aerobars trop tôt peut devenir plus risqué qu’utile.
Parce qu’au final, le but n’est pas seulement “d’avoir l’air aéro”. Le but, c’est d’être capable de :
- tenir la position longtemps
- rester détendu
- continuer à produire sa puissance normalement
- garder le contrôle du vélo
Quelqu’un qui passe seulement quelques minutes à la fois dans ses prolongateurs ne profitera pas énormément du gain théorique.
À l’inverse, un athlète capable de rester confortable en position aéro pendant plusieurs heures peut économiser énormément d’énergie.
Pourquoi les prolongateurs rendent-ils plus rapides ?
À vélo, surtout passé environ 30 km/h, le principal ennemi devient l’air. Une énorme partie de l’énergie produite sert simplement à combattre la résistance aérodynamique.
Les prolongateurs permettent principalement :
- de rapprocher les bras
- d’abaisser le torse
- de réduire la surface frontale
- de rendre la position plus aérodynamique
Résultat : moins de traînée aérodynamique.
Et ça peut représenter beaucoup.
Selon la position, la flexibilité et le bike fit, un setup avec prolongateurs peut économiser environ 15 à 40 watts comparativement à une position classique sur un vélo de route.
Les gains réels : combien de temps peut-on sauver ?
Évidemment, les chiffres varient énormément selon :
- la vitesse
- le vent
- le parcours
- la qualité de la position
- le temps réellement passé en position aéro
Donc non, ce n’est pas un “+5 km/h gratuit”.
Mais les gains restent très réels.
Athlète roulant autour de 30 km/h
Les gains typiques observés :
- environ 1 km/h plus rapide à effort égal
- ou la même vitesse pour moins d’énergie dépensée
Temps potentiellement sauvés :
- Sprint (20 km) : ~1 à 2 minutes
- Olympique (40 km) : ~2 à 4 minutes
- 70.3 (90 km) : ~5 à 10 minutes
Athlète roulant autour de 35 km/h
À cette vitesse, l’aérodynamisme devient encore plus important.
Temps potentiellement sauvés :
- Sprint : ~2 minutes
- Olympique : ~4 à 6 minutes
- 70.3 : ~8 à 15 minutes
- Ironman : ~10 à 20 minutes
Encore une fois, ça dépend énormément de la qualité de la position et de la capacité à la maintenir longtemps.
Mais attention : plus aéro ne veut pas toujours dire plus rapide
C’est probablement l’erreur la plus fréquente.
Une position trop agressive peut :
- réduire la puissance
- créer de l’inconfort
- fermer les hanches
- rendre l’alimentation plus difficile
- devenir impossible à tenir longtemps
Et une position intenable après 20 minutes n’est pas une bonne position.
Dans la vraie vie, une position légèrement moins agressive, mais confortable pendant 90 km, sera souvent plus rapide qu’une position ultra basse et impossible à maintenir.
Le meilleur setup est celui que vous êtes capable de tenir longtemps sans vous détruire.
Vélo de triathlon/contre-la-montre (ou TT bike)
C’est la machine la plus rapide quand elle est bien ajustée.
Le vélo est optimisé pour :
- une position plus stable en aéro
- une meilleure intégration du corps et du vélo
- un maintien plus facile sur longue distance
- une préservation des jambes pour la course à pied
Mais :
- plus coûteux
- moins polyvalent
- demande un bon fit pour être vraiment efficace
Et surtout : un vélo de route bien réglé avec prolongateurs peut parfois être plus performant qu’un TT bike mal ajusté.